Duisbourg, le port à qui il ne manque que la mer.
Au cœur de la mythique "banane bleue", au centre du premier centre industriel de l'Allemagne, au confluent du Rhin et de
Duisbourg fait partie intégrante de la stratégie des compagnies maritimes, qui privilégient de plus en plus le carrier haulage pour transporter leurs conteneurs sur la terre ferme (voir article précédent). Après Maersk à Düsseldorf (juste 30 kilomètre à côté), c'est le français CMA-CGM, en collaboration avec le japonais NYK, qui investit dans un terminal à Duisbourg. Il bénéficie également du tissu industriel et urbain avoisinant, ainsi que d'excellentes (enfin, du moins selon les standards français ; et comme ailleurs, les projets de nouvelles infrastructures se heurtent à des oppositions locales) liaisons ferroviaires et fluviales avec les ports maritimes du Benelux et du nord de l'Allemagne.
Au final, les chiffres de Duisbourg, premier port fluvial européen (au monde ? ), sont comparables à ceux d'un grand port maritime européen : près de 100 millions de tonnes transportées (mais certains trafics sont comptés deux fois, j'ai l'impression), ce qui en ferait l'équivalent du premier port français en tonnage, Marseille. Et Marseille n'atteint ce seuil que grâce au très fort poids des hydrocarbures livrés à Fos. Egalement, on manutentionne 900 000 EVP[1], soit une petite moitié de ce que réalise le premier port français, Le Havre, mais avec une part impressionnante du ferroviaire, qui transporte un demi million d'EVP par an. C'est également 5 fois plus (mais la méthode de calcul est-t-elle la même ?) que le port de Paris, premier port français (21 millions de tonnes par an, en comptant tous les sites, voir article précédent).
C'est d'autant plus remarquable qu'une multitude de ports fluviaux se partage le trafic dans la zone. En l'espace de moins de
Collaborer avec nos voisins d'outre Rhin, se raccrocher à une économie allemande qui continue d'exporter à plein régime euro fort ou pas, et accroitre son hinterland, c'est bien ce qu'aimerait faire le port du Havre : « Des engagements ont été pris portant sur l'étude et la mise en place d'une liaison ferroviaire entre les terminaux à containers du Havre et la zone logistique de Duisbourg. Dans l'optique havraise, cette évolution doit répondre à la congestion dont souffrent des ports maritimes nord-européens, et s'inscrire dans la croissance des trafics containérisés, tandis que Duisbourg se profile comme option attractive pour les marchés allemand et est-européen. »
Même dans un journal aussi synthétique que le lloyd belge (sans doute le meilleur média d'information francophone gratuit sur le fret), on sent une légère ironie, sur l'optique un peu divergente des havrais, qui imaginent une liaison ferroviaire jusqu'à Duisbourg (bien plus proche du Benelux), alors qu'ils ont déjà du mal à desservir correctement